Aux lendemains de la seconde guerre mondiale, à proximité d’une base militaire américaine, le quotidien précaire d’un groupe de personnes, sous fond de corruption, trafics et prostitution. Leur misère est exploité par la propriétaire, laquelle décide bientôt de revendre le terrain à un investisseur privé pour la construction d’un hôtel. Elle charge le yakuza Jo de chasser les locataires. Ce dernier devra s’opposer à la résistance de Nishida, un jeune homme qui convoite le coeur de la belle Shizuko, la maîtresse de Jo.
Le film de Masaki Kobayashi est sortit en 1957, soit approximativement au même moment que Les Bas fonds – l’un des plus grands films de l’immense Akira Kurosawa – avec lequel il partage un même thème, une même ambiance. Un film noir tout ce qu’il y a de plus classique, immergé entièrement dans un contexte social difficile qui dessine à grands traits les instincts les plus sombres des uns et des autres. Le film montre un monde marginalisé, dans l’ombre d’un miracle économique qui en laisse quelques uns sur le bas côté. Rivière noire est assez impressionnant pour la force dramatique qu’il finit par déployer. La confrontation entre Jo et Nishida est inéluctable et évidemment attisée par la passion qu’ils portent chacun à leur manière pour Shizuko. On se doute de l’issue final mais Kobayashi réussit à nous embarquer sur le chemin tortueux de cet affrontement avec suffisamment de brio pour que l’on ressente cette tension monter progressivement tout au long du film. Une tension qui nous achoppe, transcendée véritablement par la bande-originale de Chuji Kinoshita, pour ne nous lâcher qu’à l’ultime plan du film.
Masaki Kobayashi, peut-être pas le plus connu des cinéastes classiques japonais est pourtant un auteur important. C’est à lui que l’on doit l’impressionnant Hara Kiri, chef d’oeuvre qui permit au cinéaste une renommée mondiale (via notamment un Prix du Jury à Cannes en 63). On doit aussi à Kobayashi, l’immense trilogie (au moins pour son ampleur) La Condition humaine, inspirée de ses souvenirs de guerre, et quelques films fantastiques tel Kwaïdan en 64. Rivière Noire est une bonne occasion de se familiariser un peu avec le cinéma de Kobayashi, un cinéaste d’abord réputé pour ses drames sociaux et engagés.
Benoît Thevenin

Année de production : 1957
Si je puis me permettre, je crois bien que c’est Kwaidan, son seul film en couleur (mais quelles couleurs !), et non pas Kaidan. Reste que Rivière noire est un film exemplaire et magnifique, à voir dès que possible !
Merci pour ta vigilance
Je corrige de suite
Pour le reste, la chronique en atteste, je suis tout entier d’accord 😉